Mon expérience à la Conférence sur l’avenir de l’Europe


Avant de commencer cet article, je tiens à préciser qu’il s’agit d’expliquer une expérience forte que j’ai vécue, avec mes ressentis, mes réactions. Ainsi, la première personne du singulier sera fréquemment utilisée et je m’en excuse auprès des bien-pensants qui ne s’oublient eux-mêmes que dans leurs mots.

Au début de l’été dernier, j’ai eu la surprise d’être appelé par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères afin d’être invité à un événement qui, il faut le dire, a été très peu médiatisé avant comme après, et qui par conséquent m’a laissé croire que l’anguille se cachait sous la roche dans cet appel. Arnaque, fausse publicité dont on demande à la fin un numéro de carte de crédit ou un RIB, j’attendais la chute.

Mais après avoir échangé avec mon interlocutrice qui semblait sérieuse dans la démarche, j’ai hésité. Comment, moi qui ne croit plus dans l’Union européenne et qui la voit comme une impasse, pourrais-je être l’invité du drapeau bleu aux étoiles d’or ?

La fonctionnaire m’explique que le but est justement d’avoir tous les avis pour le rapport qui sera remonté au président de la République, et que par conséquent j’y avais d’autant plus ma place puisque de manière évidente il y aurait une très grande majorité de partisans de l’UE, les autres ne voulant pas prendre le temps ou ayant certainement peur d’être marginalisés.

Entre temps je déménage et je quitte mon Occitanie qui m’a vu grandir pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Je ne suis donc plus prévu pour Toulouse mais pour Clermont-Ferrand, les conférences ayant lieu dans chaque région. 5 heures de train après, je découvre cette ville que j’avais à peine aperçu en 2013 avec son magnifique jardin Lecoq et ses trésors à travers les rues comme la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, sans oublier ses pierres de Volvic noires qui la rendent si spéciale.

Le lendemain matin, nous sommes arrivés dans les locaux où nous étions environ 50 citoyens venus de partout de la région.

Une fois la salle remplie, on nous présente l’objet de la conférence en nous projetant une vidéo de bienvenue du ministre, puis les organisateurs (un prestataire externe) nous accueillent, nous placent par table de 8, et nous présentent un ancien Ambassadeur de France en Finlande, Monsieur Serge Tomasi, qui était là en cas de question technique. Un homme très abordable et appréciable malgré nos désaccords.

S’en suivirent de nombreuses heures de travail, de débats, de travaux. Les journées étaient longues, commençant dès 9 heures du matin et ce jusqu’à 22 ou 23 heures lorsque les dîners très économiques étaient compensés par des discussions interminables.

Les repas et les pauses se font sur place, impossible de quitter les lieux sauf le soir pour rentrer à l’hôtel ou pour aller faire un tour en ville, option que j’ai vite oubliée tant la fatigue de la semaine cumulée à la fatigue de la conférence ne me donnaient que l’envie de rejoindre les bras de Morphée. Et puis, je n’étais pas venu pour être passif mais pour convaincre de toutes mes forces, alors il n’était pas question pour moi d’être épuisé.

Lors des fameux tours de parole, je suis le seul à défendre l’avenir de la France en dehors de l’impasse de l’UE, et au début mes interventions créent des soupirs et des moqueries, mais je ne lâche rien. J’argumente, je reste calme, sympathique, courtois et j’intrigue peu à peu.

Comment un « pro-Frexit » peut-il être normal et ne pas être d’extrême-droite, rabougri, haineux ?

C’est ainsi que la longue liste d’inconnus qui – entre deux réunions – viennent me saluer et me poser des questions commence. De nouveau, j’écoute, je prends sur moi sachant que pour répondre à des arguments purement émotionnels il faut avoir le temps d’expliquer. Mais je n’ai pas le temps, alors j’essaie de prendre quelques arguments percutants en me disant que si l’une de ces personnes commence à douter, elle reviendra et je pourrais donc continuer mes explications.

Je crée des liens de complicité avec plusieurs personnes. J’intrigue mais grâce à Dieu je ne suis pas mis sur liste noire à en croire les bons moments passés avec eux, dont certains qui me laisseront de très bons souvenirs.

Dernière soirée, nous sommes reçus au splendide Hôtel de ville de Clermont-Ferrand, dans la plus belle salle que j’ai vue depuis très longtemps, avec des serveurs en noeuds papillons, le président du département, la députée de circonscription, l’adjointe au maire et un certain Brice Hortefeux que je n’ai pas besoin de présenter.

Le dîner est évidemment plaisant, tant humainement que culinairement. Sans tomber dans le luxe ou le too much, mais simplement en mettant en avant la beauté et l’élégance de la France. J’entends certains à ma table s’indigner des « ors de la République », ce à quoi je leur réponds que nous sommes un grand pays et que lorsque nous recevons des étrangers dans ce genre d’endroits, ils respectent notre pays et notre culture, et que ce n’est pas en accueillant dans une cave avec un plat de pâtes au beurre que nous seront davantage respectés internationalement. Encore une fois, le problème n’est pas que les élus soient bien payés ou bien traités, mais qu’ils ne font pas le boulot correctement pour rendre heureux les Français. Ne nous trompons pas de combat.

Le lendemain, voici que déjà nous sommes à la dernière journée et je prends plusieurs fois la parole pour présenter quelques propositions autour de la thématique « L’avenir de la France en dehors de l’UE ». A la fin des présentations des propositions de chaque groupe de travail, vient le moment des votes. Ma proposition du Frexit récolte presque 10 % des voix, celle d’un Erasmus francophone pour faire rayonner notre langue obtient de mémoire entre 30 et 40 % de voix. Je ne me souviens plus, hélas, des deux autres propositions dans leur score mais je ne manquerai pas de les ajouter lorsque le rapport de la conférence me sera remis.

Ainsi, et après des adieux un peu difficiles tant les heures passées ensemble ont créé des liens, je réfléchis à toute cette aventure sur le trajet retour.

Comment est-il possible de passer de 1/50 à 5/50 lorsque 49 personnes disent la même chose sur l’UE, à savoir que « même s’il faut la changer elle reste fondamentale pour la France » ?

Le combat n’était pas évident, très inégal, très frustrant car beaucoup de choses n’ont pu avoir de réponse comme mon temps de parole était très limité, et pourtant preuve en est que par le dialogue, l’écoute et la fermeté de ses convictions il est possible de quintupler en un week-end le nombre de sympathisants. C’est une très belle leçon de vie pour moi, et elle me laisse de bons espoirs pour l’avenir.

La grande conférence nationale à Paris sera en octobre et réunira 6 représentants par région pour finaliser cette enquête participative. J’ai été tiré au sort en tant que suppléant, il est donc encore possible que j’y sois présent et si tel est le cas, je resterais là encore fidèle à mes convictions et j’espère qu’elles recevront le même accueil qu’à Clermont-Ferrand.

Nul besoin de préciser que je ne crois que trop peu à la prise en compte de ce genre de consultation populaire après le fiasco du fameux « grand débat », et que je n’y suis pas allé en pensant convaincre Monsieur Macron de sortir la France de l’UE, mais bien pour donner la voix à des millions de Français qui pensent autrement et qui n’auraient de nouveau pas étaient représentés si j’étais resté au frais chez moi, parce qu’ils n’en avaient pas le temps ou simplement parce qu’ils n’ont pas eu la chance d’être tirés au sort.

Enfin, je fais une dédicace spéciale à tout le groupe pour ces beaux moments démocratiques et humains, mais aussi à Audrey qui était la seule à rejoindre mon groupe de travail sur la sortie de l’UE, à Clément pour nos bonnes parties de rigolade, à Radia pour nos discussions enrichissantes, à Liliane pour sa bienveillance, aux sympathiques organisateurs, ainsi qu’aux élus qui nous ont reçus pour ce beau dîner.

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