Pour la fin du Premier ministre

Dans mon dernier billet, je parlais justement d’une ministre déléguée dont on ignorait l’importance et le véritable intérêt.

Pour continuer cette démonstration concernant les fonctions inutiles, j’ai également nommé le poste de Premier ministre. Cela vous surprend ? Alors, regardons ensemble les différentes raisons qui, je l’espère, vous convaincront.

Dans cet article, je défends l’adoption du fédéralisme, ou a minima d’un régionalisme exacerbé et calqué sur le modèle italien. Les raisons ayant d’ores et déjà été dépeintes, je vous invite à le lire au préalable si ce n’est pas déjà fait, afin de comprendre la suite qui peut sembler provocatrice, mais qui est en réalité pragmatique.

Au sein de cette République fédérale française que j’espère ardemment, la présidence qui est si omnipotente médiatiquement, et tant providentielle dans le mythe populaire, serait enfin consacrée à ses fonctions premières et prioritaires. Elle serait accompagnée d’un gouvernement resserré (a fortiori moins coûteux, disons-le).

Contrairement à aujourd’hui, il n’y aurait plus cette hypocrisie constitutionnelle selon laquelle le président de la République doit simplement être un garant, presque un sage, alors que le chef du gouvernement se doit de « diriger » le pouvoir exécutif.

D’ailleurs, le fait majoritaire nous privant fort heureusement de cohabitation depuis l’adoption du quinquennat en 2000, le Premier ministre n’est que le « collaborateur » de l’Elysée si l’on en croit un certain Nicolas Sarkozy (source). Un « collaborateur » dont la rémunération est tout de même de 15 203 € bruts mensuels, à laquelle il faut ajouter les frais de fonctionnement et les avantages après avoir quitté Matignon. Pour information, ces derniers ont été évalués pour l’année 2018 à 3,6 millions d’euros (source).

Dans cette République fédérale française que j’appelle de mes vœux, Il y aurait un dirigeant pour chaque Etat fédéré, et dont l’appellation pourrait être justement… « Premier ministre » ? Pourquoi pas. Cela rendrait la fonction certes plurielle dans le pays, mais réellement utile. Chaque Premier ministre gérant l’exécutif fédéré, alors que le président de la République gérerait l’exécutif fédéral.

La fin de ce que le professeur de droit public Georges Vedel appelait le « bicéphalisme administratif » éclairerait l’horizon. Car nous voyons bien que Jean Castex, tout comme ses prédécesseurs, ne trouve pas sa place entre un président de la République élu au suffrage universel direct, et donc directement responsable devant les Français, et des ministres qui assurent l’exécution de la politique décidée.

Diplomatiquement, le problème se pose également. Parfois, c’est le Premier ministre qui est l’interlocuteur, et d’autres fois c’est le président de la République, avec sans doute une incompréhension des homologues qui ne connaissent pas toujours le système constitutionnel français. Un exemple récent est assez significatif, puisque Monsieur Castex a rencontré Mario Draghi à Rome mi-octobre 2021, et deux mois plus tard, c’est Monsieur Macron qui rencontrait à son tour le président du Conseil des ministres italien. Dans quelle mesure ces deux entretiens devaient être séparés, et représentés différemment ? Nul ne le sait. A savoir que ce système abscons est souvent illisible pour les Français eux-mêmes.

Nous ne savons plus quel est le rôle de chacun, si ce n’est que c’est le Premier ministre qui est débarqué en cas de mécontentement populaire et qui sert de bouc émissaire alors qu’il n’est élu par personne (il ne dirige généralement pas la campagne législative contrairement aux pays voisins, puisque désigné tardivement), pendant que le chef de l’Etat, directement élu pour sa part, demeure la personnalité attentivement observée par le peuple.

Pour résumer, simplement, un Premier ministre à l’anglaise ou à l’allemande impliquerait la fin de l’élection directe du président de la République, comme c’est souvent le cas chez nos voisins européens et cela serait à mon sens une erreur fondamentale, mais a contrario un président de la République monocéphale et toujours élu au suffrage universel direct ferait ce qu’il fait déjà aujourd’hui, mais de manière claire et constitutionnelle. C’est la dernière option qui trouve grâce à mes yeux.

Enfin, nul besoin d’un vice-président comme aux Etats-Unis, dont on s’aperçoit là encore du manque d’utilité évident, surtout si l’on conserve la mise en place automatique d’un intérim assuré par le président du Sénat en cas de décès, de démission ou de destitution.

Pour les plus curieux, je vous invite à écouter ce court extrait que j’ai découvert en préparant cet article, et qui est une interview de François Hollande. Nul besoin de préciser que ce dernier est très éloigné de mes idées politiques, mais il est justement intéressant de le voir proposer la même réforme constitutionnelle après avoir connu cette dyarchie improductive pendant cinq ans. La différence étant qu’il souhaite un renforcement du pouvoir parlementaire, alors que je souhaite un renforcement du principe de subsidiarité à travers le fédéralisme, accompagné d’un changement de nature du Sénat afin qu’il devienne un hémicycle des états fédérés et conjugué avec l’Assemblée nationale qui continuerait à être l’hémicycle du peuple. Toutefois, la base de cette proposition est substantiellement la même.

“Rien ne dure toujours, nous sommes voués à la nouveauté” (Isabelle Chenebault).

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