Une France fédérale

Il est très rare d’entendre des personnalités se prononcer en faveur d’une France fédérale. Mon objectif a donc été, en étudiant le système politique indien mais aussi en constatant le manque total d’intérêt de la population française pour ses collectivités territoriales, de m’interroger sur les avantages d’une France adoptant le fédéralisme.

Afin de développer au mieux mes réflexions sur ce thème, je propose de les couper en 5 parties.

I/ En quoi cela consisterait ?

Avant tout malentendu, il est préférable de définir rapidement de quoi parle-t-on. En France, nous sommes actuellement dans un Etat unitaire, c’est-à-dire que les pouvoirs législatifs (Assemblée nationale et Sénat), judiciaires (nos tribunaux) et exécutifs (gouvernement et chef de l’Etat) sont à 100% définis depuis Paris. Cela peut présenter l’avantage d’éviter les complications et d’aller « droit au but ». Cependant, la France est un pays si riche et multiple que considérer qu’une personne élue 5 ans devrait régler tous nos problèmes dès les premiers mois est une utopie que l’on atteindra jamais. Ne parlons même pas du Parlement totalement à la merci de l’exécutif et qui montre ses limites dans le fait majoritaire.

L’Etat fédéral, lui, fonctionnerait totalement différemment. Il y aurait un mini-Etat qui gérerait pour chaque région des domaines larges (économie, sécurité, prisons…), et cet ensemble de mini-Etats formerait l’Etat fédéral français qui gérerait les missions essentielles de notre pays (armée, diplomatie, lois constitutionnelles…). Nous savons qu’il existe des régions traditionnellement de droite (Alsace, Provence-Alpes-Côte d’Azur) et des régions traditionnellement de gauche (Bretagne, Occitanie). Par conséquent, chaque région aurait une politique plus adaptée à ses attentes, au lieu de subir une politique nationale et globalisante peu compatible avec sa population et qui entraîne une fracture au sein même du peuple français.

En effet, les régions étant très différentes dans leurs problématiques et dans leurs opinions politiques, les Français sont totalement écœurés car les partis politique veulent ménager la chèvre et le chou selon les électorats et finalement, tout cela accouche d’une souris. Et puis, de l’autre côté, nous avons des présidents de région dont personne ne sait réellement les compétences, sachant que ces dernières se limitent aux transports, aux lycées, à l’aménagement du territoire… Bref, ne nous voilons pas la face et reconnaissons que cela reste très limité et assez peu productif.

II/ Quel rôle pour chaque président ?

Comme je le disais, le président de la République est un personnage élu 5 ans et qui hélas déçoit dès ses premiers mois de mandat puisqu’on attend de lui et de son gouvernement, lorsque l’on vote encore, un vrai changement. Certes, il a de nombreux pouvoirs. Or, son rôle constitutionnel n’est pas celui-ci et ne doit finalement pas l’être puisque ça ne marche pas comme le montre les présidences successives depuis des décennies.

D’ailleurs, et peu de Français le savent, mais l’article 5 de la Constitution actuelle est claire à ce sujet:

« Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat.

Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités. »

Aujourd’hui, il n’est pas arbitre mais militant politique à cause de l’attente gigantesque qu’ont les Français à son endroit. L’indépendance nationale n’est pas assurée puisqu’on nous fait croire que sans l’Union européenne nous disparaîtrons et que les poules auront des dents (depuis le temps qu’on en parle), par conséquent, dans l’Etat fédéral que j’imagine, nous aurions un réel président de la République qui ne serait pas le super-héros que l’on espère et que l’on maudit 6 mois après, mais un réel chef de l’Etat. Cela rehausserait sa fonction et son prestige au moment où son image est en déclin total.

En bref, un véritable chef d’Etat affairé pleinement aux enjeux internationaux, aux défis contemporains et au rayonnement de la France. La France souffre de ne pas avoir cette figure suprême mais seulement un chef de parti..

Par principe de subsidiarité, c’est-à-dire l’idée que le pouvoir central délègue au maximum ce qui peut être fait localement, nous pourrions définir les pouvoirs de ces nouveaux Etats fédérés et donc de chaque président local. De but en blanc, il serait trop complexe de développer les rôles exacts puisqu’ils sont propres à chaque pays et nous pourrions avoir un nouveau modèle, mais nous aurions en tous les cas un pouvoir exécutif et législatif pour chaque Etat qui pourraient mieux se concentrer sur les questions économiques (comme l’emploi), sur les problèmes d’insécurité (par une police locale additionnée à une police fédérale comme la gendarmerie par exemple), mais aussi sur la fiscalité.

Le président fédéré, n’ayant pas les responsabilités colossales d’un président de la République, pourrait se concentrer bien mieux sur notre quotidien et paraîtrait moins hors sol de par sa proximité géographique et culturelle. Paris semble si loin et si inatteignable pour beaucoup de Français… Si demain un parti politique national lance un débat sur l’interdiction de la corrida, l’immense majorité de la population ne se sentira pas concernée et donc ce sujet disparaîtra alors que localement il est presque impossible d’agir et que nationalement cela n’intéresse personne. Voilà le type de problème révélateur dans un Etat unitaire qui est pourtant multiple dans ses composantes. Pourquoi donc ne pas laisser cette décision à un Etat fédéral qui est concerné localement par ce type de problématique ?

Enfin, nous pourrons noter que les grandes villes françaises pourraient retrouver de leur splendeur en devenant des petites capitales qui jusqu’alors ont laissé Paris comme ville principale dans à peu près tous les domaines.

III/ Quels seraient ces Etats ?

Tout le monde s’accorde à dire que la loi nᵒ 2015-29 du 16 janvier 2015 relative à la délimitation des régions est une catastrophe. Elle n’a respecté que les priorités électorales d’un gouvernement socialiste en déroute qui cherchait à réduire au maximum sa gifle électorale. Par conséquent, ces Etats devraient être délimités en prenant en compte leur histoire, leur culture, leurs traditions, leurs frontières naturelles…

IV/ Patriotisme versus régionalisme ?

Pas du tout ! Au contraire, être fier d’être Français et de sa culture doit être inculqué dans les école par un changement radical de notre politique d’enseignement qui ne parle de la France que sur le plan négatif. Mais justement, pour un « provincial », additionner l’amour de son Etat local sous toutes ses formes avec l’amour de ce grand ensemble fédéral français serait un plus. La France ne serait plus seulement Paris, mais elle serait multiple et accessible à tous ses citoyens. Etre français ne serait pas juste une nationalité, mais l’appartenance à une patrie qui respecte et met en valeur ses richesses diverses et variées localement. J’ajoute que l’accessibilité des postes à responsabilité serait moins stéréotypée, je pense évidemment à la France qui a un accent.

Les Suisses, les Allemands ou les Brésiliens sont-ils moins patriotes que nous ? Je crois que l’inverse est vrai, en revanche.

V/ Vers l’américanisation de la France ?

Au contraire. Là encore, je crois que l’américanisation est en partie la conséquence d’un centralisme qui paraît lointain et parisien. Certes, les raisons sont multiples bien évidemment, mais je crois qu’elle est une de ses explications.

D’ailleurs, la liste des pays qui ont choisi le modèle fédéral ne se limite clairement pas aux Etats-Unis ! J’ai évoqué précédemment la Suisse, l’Allemagne, et le Brésil. Mais je peux également citer le Canada, le Mexique, la Belgique, l’Autriche, l’Australie, l’Argentine, l’Afrique du Sud et bien d’autres encore…

Donc définitivement non, le fédéralisme n’est pas le synonyme de l’américanisme. D’où mon souhait d’un Etat fédéral à la française qui réglerait beaucoup de nos problèmes.

4 réflexions au sujet de « Une France fédérale »

  1. 1-Oui a des région autonomes, le projet ci-dessous me semble la meilleure base de départ pour ces régions.
    https://www.eupedia.com/genetics/projet_adn_regional_france.shtml

    2-Un droit de nullification pour contrer les dérives du pouvoir central, et idem pour toute sub-division vis à vis de son groupement supérieur.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Nullification

    3-RIC possible et contraignant pour le pouvoir à chaque niveau de subdivision

    Là on sera bien.

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